Reportage. Aux portes de Caen, pousse le quartier de demain !

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La norme thermique BBC (Bâtiment à basse consommation) sera obligatoire le 1er janvier 2013, mais des citoyens ont déjà pris les devants. Reportage à Louvigny, où un éco-lotissement a été lancé… par des habitants !

“Êtes-vous une secte ? Allez-vous installer des éoliennes sur votre terrain ? » En 2006, les voisins du futur éco-lotissement de Louvigny, aux portes de Caen, avaient formulé quelques inquiétudes à l’annonce du projet écozac de l’association des Z’écobâtisseurs. Treize familles se sont pourtant lancées. L’idée ? Construire des maisons écolos et des espaces de vie communs (atelier, maison de rencontres, jardins collectifs, buanderie…). Tout cela, sans promoteur immobilier, en se constituant en société civile coopérative de construction. La mairie de Louvigny y a crû, et les a soutenus. Elle s’est engagée dès novembre 2006 sur la réservation d’un terrain de 5 300 m2. Et les maisons sont sorties de terre. « Nous étions des précurseurs. Les éco-lotissements, initiatives de communes ou de promoteurs, cela existe, mais d’habitants, c’est très rare », pointent les Z’écobâtisseurs.
D’autres expériences se sont néanmoins développées à Strasbourg et à Lyon, notamment, mais aussi et surtout en Allemagne, où le principe d’habitat groupé et écologique est déjà très répandu. Le but, c’est de créer une zone d’habitation respectueuse de l’environnement. « Les maisons de Louvigny dépensent 38 KWh/m2/an, alors que la norme thermique BBC (Bâtiment à basse consommation) est à 55 KWh/m2/an pour la Normandie », souligne Nicolas Knapp, architecte – avec François Versavel – de cette écozac unique, aux portes de Caen.
« Nous voulions aussi concevoir un lieu convivial, et de lien social »
, insiste Annie Bons, professeure de Français à la retraite, habitante et membre de l’association. « Nos maisons sont en bois de pays, isolées avec de la paille biologique », montre Pascal Gourdeau, un autre « habitant écolo » devant une des bâtisses quasiment achevée, juste derrière l’Intermarché de Louvigny. Sur les échafaudages, trois ouvriers de l’entreprise écologique bas-normande Les Frères Bon finalisent l’enduit à la chaux, tandis qu’un autre pose des panneaux solaires sur les toits.


Sept maisons sont déjà terminées


Sur les 13 logements, sept sont terminés et habités par leurs « copropriétaires ». Car ici, chacun a sa maison privative, de 60 à 120 m2, un jardin privé de 45 m2, mais est copropriétaire de l’ensemble du terrain. C’est le cas de Sylvie Lecarpentier, 51 ans et André Boissebot, 63 ans. Le couple a pu emménager en avril, « avec un an de retard ! », précisent-ils, mais sans amertume. Les derniers copropriétaires devraient arriver en mars. Leur maison de 120 m2 a coûté 200 000 euros. C’est un peu plus cher qu’une maison traditionnelle, « mais au moins, quand on prend une douche, on ne consomme aucune énergie, ni gaz, ni électricité. Et ça, c’est vraiment agréable », souligne Sylvie. « C’est plus cher, mais on va le récupérer en dépensant moins d’énergie ! », calcule André.
Pour se chauffer, ils utilisent un poêle à granulé bois. « C’est écolo et ça ne coûte que 150 euros par an ! », s’étonne André. Des « annexes tampons », qui peuvent servir de petit garage ou de pièce de rangement, sont installées façade nord, pour protéger du froid. Au sud, chacun possède une grande baie vitrée pour faire entrer le soleil. « Les habitats groupés avec des murs mitoyens permettent également de faire des économies de chauffage », enchaîne Pascal Gourdeau.
À ses côtés, Cyril Beaux, 37 ans. Il habite avec sa femme et ses deux enfants : « Il y a vraiment tous les âges, nous avons même permis la propriété à des primo-accédants », se félicite-t-il.


Un atelier de bricolage, un jardin collectif…


Ici, tous les espaces extérieurs sont mis en commun. Aujourd’hui, ils sont en friche, mais les habitants savent déjà ce qu’ils vont en faire : un jardin collectif, des jeux pour les enfants, une maison commune de rencontres, un atelier de bricolage commun… « On pourra faire des ateliers couture, des confitures et des soirées conviviales, envisage Annie. Nous avons aussi émis l’idée d’une buanderie commune, mais tout le monde n’est pas encore d’accord. » Les 23 Z’écobâtisseurs se retrouvent ainsi tous les mois pour discuter et penser « collectivement » leur éco-lotissement. Objectif ? « Servir d’exemple », car l’habitat groupé et écologique, « c’est la maison de demain ! »

Pour aller faire un tour sur le site web des Z’écobâtisseurs, cliquez ici.


Interview. « Les éco-quartiers poussent partout »

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Géraldine Gardette est la référente nationale éco-quartier à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Calvados.

Qu’est-ce qu’un quartier durable ?

L’objectif est de prendre en compte, dès l’amont de sa conception, la problématique environnementale. Selon le projet, qu’il soit urbain, rurbain ou rural, on va se poser les bonnes questions en termes de proximité des transports en commun, des commerces, mais aussi en termes de mixité des formes d’habitat et de mixité sociale. On va utiliser de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques… Les bâtiments devront au minimum correspondre à la norme thermique BBC (Bâtiment à basse consommation).

Où sont les quartiers durables dans l’agglomération caennaise ?

À Louvigny, le quartier des Longs Cours avec dernièrement le lot des Z’écobatisseurs a été précurseur sur la question, avant même que le Grenelle de l’environnement impose le développement des éco-quartiers. Aujourd’hui, d’autres quartiers durables dans l’agglomération sont en projets. Par exemple, l’éco-quartier de Verson devrait proposer des permis de construire d’ici deux ans. D’autres projets durables poussent partout, il y en a, à Verson, à l’entrée de la ville de Caen (avenue Clemenceau), Colombelles, Bénouville, Audrieu, Bretteville-L’Orgueilleuse, Bretteville-sur-Odon, Mondeville, Blainville-sur-Orne, Hérouville Saint-Clair…

La maison écologique serait-elle devenue l’habitat de demain ?

Oui, tout à fait. C’est dans l’air du temps et on ne peut plus construire sans prendre en compte l’environnement. Nous ouvrons un nouveau chapitre de l’urbanisme. À l’instar des quartiers résidentiels construits massivement et de manière standardisée après-guerre, nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle ère dite de l’habitat écologique.


Vous souhaitez vous lancer dans la construction d’une maison écologique ? Suivez les conseils de l’ARPE, l’Association régionale de promotion de l’éco-construction en Basse-Normandie en cliquant ici.



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