Caen est une terre d’écrivains à succès

Jacques-Pierre Armette a remporté le prix Goncourt 2003 pour la Maîtresse de Brecht.

Jacques-Pierre Armette a remporté le prix Goncourt 2003 pour la Maîtresse de Brecht.


Le dernier prix Médicis a été attribué à… un Caennais. Qu’ils y soient nés, y aient travaillé ou s’en soient inspirés, les grands écrivains sont nombreux à avoir une histoire avec Caen. De François de Malherbe à Julien Gracq, en passant par Gustave Flaubert et Georges Simenon, petit tour d’horizon des plus belles plumes locales.


• Les précurseurs : Bertaut, Moisant de Brieux, Segrais…

Caen doit sa longue tradition littéraire à un… Anglais ! C’est en effet Lord Bedford qui créa l’Université de Caen pour le compte du roi Henri VI d’Angleterre, en 1432. « C’est l’une des plus anciennes de France », assure Gilles Henry, historien et écrivain caennais. La fondation d’une telle institution a bien entendu joué un rôle important dans l’émergence de grands écrivains à Caen. Bien avant cela, le premier d’entre eux fut sans doute Raoul de Caen, un chevalier normand, chroniqueur de la première grande croisade, en 1108.
Plusieurs siècles plus tard, on peut aussi citer Jean Bertaut, né à Caen en 1552, évêque de Sées (Orne) et poète à ses heures, mais surtout Jacques Moisant de Brieux (1611-1674), historien, poète et moraliste, qui fut à l’origine de l’Académie de Caen, la première en France après l’Académie française. Jean Régnault de Segrais (1624-1701) lui emboîtera le pas. Poète, homme de lettres et traducteur, il participera, avec La Rochefoucauld, à la composition des romans La Princesse de Montpensier, Zaïde et La Princesse de Clèves.


• Malherbe : grand poète devenu maire de Caen.

François de Malherbe (1555-1628). Un personnage indissociable de la ville de Caen. Malgré quelques « infidélités » à Paris et Aix-en-Provence – où il épousa sa femme – il resta irrémédiablement attaché à sa ville d’origine. « Il a connu un destin hors norme, aussi bien dans le monde poétique que politique », raconte Gilles Henry.
Poète officiel de la Cour, échevin, maire de Caen, il s’est hissé aux plus hautes fonctions du Royaume. « Il a largement contribué à la grande influence des Caennais à Paris. À titre d’exemple, beaucoup de ses parents figuraient parmi les 40 premiers membres de l’Académie française. » Un monument.


• Boisard, le traducteur des Mille et Une nuits.

Jean-Jacques Boisard (1744-1833) était un fabuliste français. Il est né à Caen. Ses écrits, même s’ils rencontrèrent un certain succès aux XVIIIe et XIXe siècles, ne sont pas restés dans les annales. En revanche, c’est lui qui a traduit les Mille et Une Nuits. « C’était le début de l’esprit des Lumières et la culture persane était très à la mode », explique Gilles Henry. Le travail de traducteur n’est plus aussi prestigieux, mais, en ce temps-là, il s’agissait d’un véritable tour de force. L’écrivain caennais a ainsi contribué à la diffusion en Occident d’une des œuvres majeures de la littérature mondiale.

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• « L’œil » de Gustave Flaubert.

Les Flaubert étaient une famille d’origine champenoise, basée à Rouen, mais la mère du célèbre auteur de Madame Bovary était Normande. Gustave Flaubert (1821-1880) a fait plusieurs séjours dans le Calvados, notamment pour y faire des repérages. « Il était très minutieux et notait tous les détails dans son petit carnet », relève Gilles Henry. Pour Bouvard et Pécuchet, qu’il avait entamé en 1872, il entreprend un travail de documentation immense, notamment à Caen, où il fera trois excursions en 1874, 76 et 77. On retrouve par exemple dans ce roman posthume des descriptions saisissantes des églises Saint-Pierre et Saint-Jean.

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• Les « enquêtes » de Simenon.

Digne successeur de Flaubert, Georges Simenon (1903-1989) réalisait des repérages extrêmement précis avant de passer à l’écriture. Le créateur du célèbre commissaire Maigret était un amoureux de la Normandie. « Il est venu pour la première fois à Caen pour signer le contrat des droits de Chien Jaune, avec le réalisateur Jean Renoir. Il y est repassé plusieurs fois. Il a parcouru la ville en long et en large. Simenon avait un œil photographique et une mémoire phénoménale. »
Plusieurs de ses romans comportent des scènes situées dans la capitale normande : La Vieille Dame de Bayeux, Le Pont des Brumes, Les Pitard, etc. À noter également que l’adversaire intime de Maigret, le juge Coméliau, en est originaire.

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• Professeur Julien Gracq.

Célèbre pour avoir refusé le prix Goncourt en 1951, Julien Gracq (1910-2007), de son vrai nom Louis Poirier, a vécu à Caen de 1942 à 1946. « Une période très marquante pour lui, puisqu’il a connu la ville pendant les bombardements », souligne Gilles Henry. Il raconte cette expérience dans son dernier livre, Carnets du grand chemin. Lors de son passage en Normandie, il fut professeur au lycée Malherbe et habitait place Saint-Martin.


• Mathieu Lindon, prix Médicis.

C’était le vendredi 3 novembre dernier, le prix Médicis était attribué à Mathieu Lindon, pour Ce qu’aimer veut dire. Ce journaliste et romancier est né… à Caen, en 1955. Dans cet ouvrage, il y raconte son histoire d’amitié avec le philosophe Michel Foucault et son admiration pour son père, l’éditeur Jérôme Lindon, patron charismatique des Éditions de Minuit disparu en 2001.
De nos jours, Caen peut toujours s’enorgueillir de plusieurs grands noms de la littérature. À commencer par Jacques-Pierre Amette, dont les parents ont longtemps habité avenue du 6 Juin. Originaire de Saint-Pierre-sur-Dives, l’écrivain normand a remporté le prix Goncourt, en 2003, pour La Maîtresse de Brecht.
Sans doute plus connu du grand public, le journaliste Alain Genestar, ancien directeur de la rédaction de Paris Match, est né à Caen en 1950. Il raconte une partie de sa jeunesse normande dans le roman Le Baraquement Américain.

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Enfin, la chercheuse et philosophe Mona Ozouf, récompensée à de nombreuses reprises, a enseigné à Caen pendant de nombreuses années. Quant à la romancière caennaise Belinda Cannonne - « qui remportera sûrement un prix littéraire majeur dans les années qui viennent », estime Gilles Henry – elle est maître de conférences à l’Université de Basse Normandie depuis 1998.

Mathieu Girard

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