Dans un communiqué commun, ce jeudi matin, « Région, Départements de l’Eure et de Seine-Maritime, Agglomération et Ville de Rouen se félicitent du choix de Rouen pour le siège de la future Chambre régionale des comptes… ». Mauvaise nouvelle pour Caen !
Le gouvernement avait décidé de supprimer des chambres régionales des comptes en France, pour faire des économies. Résultat, il n’y aura désormais qu’une seule chambre des comptes pour toute la Normandie.
Depuis plusieurs semaines, les deux régions étaient invitées à la fusion. Où positionner le siège ? Caen et Rouen étaient en concurrence.
Pour les autres régions concernées par ces rapprochements, Didier Migaud, Premier président de la Cour des comptes avait choisi lui-même le siège.
En Normandie, il a laissé la main au Gouvernement, considérant qu’il s’agissait d’une question politique, relevant de l’aménagement du territoire. Et le Premier ministre, François Fillon, vient de trancher, en défaveur de la Basse-Normandie…
À Caen, le député-maire PS et président de l’Agglomération, Philippe Duron, avait proposé de quitter le château de Bénouville, actuel siège bas-normand, pour des locaux neufs dans le nouveau quartier des Rives de l’Orne, sur la rive droite de Caen. En vain.
Caen a perdu cette nouvelle « guéguerre » entre les deux Normandie. Ce matin, la Région Haute-Normandie, le Département de Seine-Maritime, le Département de l’Eure, la Ville et l’Agglo de Rouen se félicitent « de cette décision qui conforte l’attractivité de notre territoire »….
Les réactions :
• Jean-Léonce Dupont, le président (Nouveau Centre) du Conseil général du Calvados, rappelle qu’il était intervenu « dès le 22 décembre, auprès du Premier ministre, de ses services et de Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, pour argumenter et défendre la ville de Caen comme lieu d’implantation de la future juridiction ».
« Dans le même esprit, j’avais également suggéré une démarche commune avec l’ensemble des parlementaires de Basse-Normandie, le maire de Caen, le président du Conseil régional de Basse-Normandie et les présidents de conseils généraux. Nous avons ainsi tous parlé d’une même voix – par un courrier du 5 janvier – pour défendre le choix de Caen comme siège de la future chambre régionale des comptes de Normandie », raconte-t-il, dans un communiqué.
« Finalement, c’est Rouen qui a été retenu, probablement parce que l’État est propriétaire des locaux qui constitueront le futur siège de ce regroupement, ce qui n’était pas le cas en Basse-Normandie », suppose-t-il.
« Je regrette cette décision car Caen présentait de nombreux atouts », écrit-il, mais « d’autres dossiers de premier plan sont aujourd’hui au cœur de l’actualité, la Ligne Nouvelle Paris-Normandie (LNPN), la mise en place de projets de développement communs sur l’axe Seine … Je continuerai, à travers eux, à soutenir Caen et son agglomération. Ceci me paraît essentiel pour conserver à la capitale régionale son rôle moteur pour le Calvados et la Basse-Normandie. »
• Rodolphe Thomas, le maire MoDem d’Hérouville Saint-Clair pose des questions, dans un communiqué : « Pourquoi avoir laissé l’État choisir à la place des Normands ? Pourquoi les grands élus de Haute et Basse-Normandie n’ont pas décidé d’une stratégie globale de localisation des administrations en Normandie au lieu de défendre individuellement leur petit bout de territoire ? », interroge-t-il.
« Depuis 10 ans, les présidents des deux Régions nous promettent la réunification de la Normandie, et, malheureusement, nous constatons qu’aujourd’hui les discussions concernant les grands projets qui devraient nous réunir sont au point mort », déplore l’élu MoDem.
« Laurent Beauvais, le président de la Région Basse-Normandie nous explique aujourd’hui que “les régions les plus petites ont perdu, nous devrons désormais veiller sur des sujets comme la ligne nouvelle ou l’éolien offshore, que tout ne soit pas pour la Haute-Normandie”. Avec cette stratégie, nous nous préparons à jouer “perdant/perdant” vis-à-vis de la Haute-Normandie », écrit-il.
« Selon moi, la responsabilité du départ de la Chambre régionale des comptes est collective. L’attractivité de Caen ne se décrète pas, elle doit se construire jour après jour. Qu’avons-nous réalisé ces dernières années pour conforter notre territoire ? Nous sommes tous responsables du temps et de l’énergie perdus sur des dossiers stratégiques comme l’avenir du 18e RT, qui, au fil des mois, est passé du statut “d’opportunité de développement” à celui de “boulet” pour notre agglomération ».
En reprenant le refrain du “c’est pas moi, c’est les autres” lors de sa cérémonie des vœux, la réaction de Philippe Duron sur le départ de la Chambre régionale des comptes est inquiétante : aucune remise en cause personnelle, simplement des attaques politiciennes envers ses collègues parlementaires. Il faut espérer que cet échec pour Caen soit un électrochoc pour la classe politique, qu’il nous amène à changer nos méthodes de travail avec la Haute-Normandie, et qu’enfin nous retrouvions l’esprit de conquête qui a toujours caractérisé les Normands. N’oublions pas qu’une région unie, rien ne lui résiste ! », conclut-il.
• Pour Philippe Lailler, le président du MoDem dans le Calvados, c’est « Fabius : 1 ; Duron : 0 ».
« Après avoir laissé partir le 18e Régiment de transmissions en 2010, c’est la Chambre régionale des comptes qui va aussi quitter notre ville, perdue par le député-maire PS de Caen, Philippe Duron, dans un duel avec Laurent Fabius (Ndlr : député de la 4e circonscription de la Seine-Maritime) », écrit Philippe Lailler.
« Cette fois, le député-maire de Caen ne pourra pas rejeter la faute sur le gouvernement, car c’est un autre socialiste qui a réussi, en étant plus influent que lui, à faire tourner le dossier en sa faveur. Le temps passe et les échecs s’accumulent pour Philippe Duron », poursuit-il.
« Les habitants et les entreprises hier, une juridiction administrative aujourd’hui, c’est un véritable exode auquel nous assistons, impuissants. En 2008, la nouvelle équipe municipale avait promis que Caen retrouverait toute sa place sur l’échiquier national, en 2012, la déception est grande ! Philippe Duron avait proposé de transférer la Chambre régionale des comptes du château de Bénouville vers de nouveaux locaux sur la rive droite, aux « Rives de l’Orne », à Caen. Ce seul argument n’a pas été suffisant…», déplore le président du MoDem, virulent.
« Caen est le cœur de la Normandie, elle est destinée, par sa position géographique et son histoire, à être la capitale régionale. Les Caennais savent que notre ville a tous les atouts pour inverser la tendance. Les élus doivent aujourd’hui trouver la combativité suffisante pour redonner des couleurs à Caen », insiste-t-il.
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