Affaire Moulinex. « Le pot de terre a gagné… », selon la députée de Caen

Les anciens salariés de Moulinex, qui contestaient les conditions de leur licenciement, il y a plus de dix ans, ont gagné en cassation, ce jeudi.

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L’actu.
Le 11 septembre 2001, l’entreprise du petit électroménager, qui employait plus de 3 200 salariés en Basse-Normandie (notamment à Cormelles-le-Royal, Bayeux et Falaise), fermait ses portes.
190 anciens salariés de Moulinex ont vu, ce jeudi, leur indemnisation confirmée par la Cour de cassation, après leur licenciement « sans cause réelle ni sérieuse ». Et la Cour devra encore se prononcer pour 600 autres, le 8 février.
Une centaine étaient réunis dans la salle des fêtes de Mondeville, ce jeudi, pour savoir s’ils allaient pouvoir conserver les indemnités acquises de haute lutte.
L’arrêt rendu par la chambre sociale s’inscrit dans la droite ligne de la jurisprudence de la Cour de cassation. Le 28 mai 2008, celle-ci avait en effet déjà considéré que les licenciements opérés en 2001 par l’ex-fleuron de l’électroménager étaient « sans cause réelle ni sérieuse », car certaines modalités techniques n’avaient pas été respectées.
Alors qu’en première instance les salariés avaient été déboutés, le 6 août 2010, la Cour d’appel de Caen avait, sur ce fondement posé par la Cour de cassation, alloué à 190 anciens salariés des indemnités allant de 1 500 à 50 000 euros.
Les administrateurs judiciaires de Moulinex s’étaient alors pourvus en cassation. Sept salariés protégés, qui estimaient leur indemnisation insuffisante, avaient également contesté la décision. La chambre sociale de la Cour de cassation a rejeté ces deux pourvois.
La décision de la Cour d’appel de Caen est donc devenue définitive et les indemnisations de ces 190 anciens salariés ne peuvent plus être contestées. Les représentants syndicaux les invitent maintenant à reverser 1,5 % de ces sommes afin de payer les honoraires des avocats qui défendent leurs intérêts dans la procédure pénale.
Les plaintes visant les anciens dirigeants de Moulinex sont toujours en cours d’instruction, plus de dix ans après l’effondrement du groupe.


• À Cormelles-le-Royal, les ex-Moulinex se sont constitués en association (« Apic Mx »). Depuis dix ans, ils se retrouvent tous les jeudis, pour s’entraider. Il y a quelques mois, Côté Caen était allé les rencontrer. Témoignages.


• Mireille, 59 ans
« Le 11 septembre 2001, vers 12h45, je reçois un appel de l’usine, me disant de ne pas me présenter aujourd’hui, car l’entreprise « ferme provisoirement »…
Ils m’ont communiqué un numéro vert pour que je puisse être au courant de l’évolution. Mais je savais que c’était fichu, on entendait beaucoup de rumeurs concernant la fermeture. Cela a été très dur…
J’avais 32 ans d’ancienneté à Moulinex, mais pour retrouver du travail derrière, c’était compliqué. Il n’y avait pas d’autres entreprises d’électroménager dans le coin. J’ai effectué beaucoup de stages en grandes surfaces et en maisons de retraite, pour finalement trouver un travail en tant que cuisinière à l’institut Camille Blaisot, à Caen. J’ai eu beaucoup de chance d’obtenir ce poste.
Je ne travaille plus depuis 2006, car je touche l’allocation des travailleurs de l’amiante, comme de nombreux autres salariés de Moulinex. J’ai aussi fait partie des dix premiers dossiers envoyés au tribunal contre Moulinex, pour licenciement sans motif réel et sérieux. Nous avons gagné.
L’association des anciens salariés « Apic Mx » a ensuite décidé de proposer à tous les anciens Moulinex de monter un dossier. »


• Maguy, 59 ans
« J’ai commencé à travailler en 1971 à Moulinex Alençon, puis je suis arrivée sur le site de Cormelles-le-Royal en 1982. J’étais déléguée au personnel du syndicat Sydis (partie dissidente de la CFDT). Depuis la fermeture de Moulinex, je n’ai jamais réussi à retrouver du travail. J’ai pourtant effectué des remises à niveaux, des stages, des rallyes de l’emploi, mais rien n’y faisait…
J’étais trop connue médiatiquement en tant que syndicaliste pour retrouver un travail. Alors, depuis 10 ans, je m’occupe des ex-salariés, par le biais de l’association « Apic Mx », dont je suis la présidente.
Nous sommes actuellement 600 adhérents. Je suis là pour les écouter, les aider à monter les dossiers pour l’allocation amiante et pour les licenciements, les aiguiller dans leurs recherches de travail…
Il faut savoir que suite à la fermeture, beaucoup de personnes n’ont pas retrouvé de travail et sont très isolées. Le rendez-vous du jeudi est très important pour nombre d’entre nous. La preuve, dix ans après, nous recevons environ 50 à 60 personnes toutes les semaines dans cet ancien local de Moulinex ! »


• Conchita, 54 ans
« Moi, j’ai appris la nouvelle à la radio. J’étais au travail, à mon poste à la chaîne et j’ai entendu au flash info que Moulinex déposait le bilan ! Alors, j’ai directement prévenu toutes les filles de ma chaîne (ndlr : plus de la moitié des employés Moulinex était des femmes). Personne ne me croyait !
Et pourtant, quelques jours, plus tard, nous étions tous licenciés…
L’entreprise avait prévu de nous reclasser, mais leurs réunions ne menaient à rien et on a bien compris qu’il fallait qu’on se débrouille tout seul. À l’époque, j’avais 43 ans et déjà 29 ans d’ancienneté à Moulinex.
Je ne me voyais pas faire autre chose. Et quand nous venions de Moulinex, nous étions traités comme des bons à rien. Comme si mes 29 ans à Moulinex, ce n’était que du vent ! Je ne trouvais pas de travail, ou alors on me proposait des postes qui ne correspondaient pas du tout à mon profil. On m’a même parlé de travailler dans la pêche ou l’agriculture, alors que je n’y connaissais absolument rien !
Je suis restée au chômage un bon moment, et puis j’ai bien été obligée de reprendre. Les seuls petits boulots que j’ai trouvés, c’est ce qu’on appelle l’aide à la personne, j’effectue le ménage chez les personnes âgées. Mais c’est dur et pas très bien payé.
En ce moment, j’ai trois employeurs différents et je complète par des chèques emploi service parce que je n’ai pas assez d’heures… Tout ça pour toucher à peine le SMIC ! », nous racontait-elle, il y a quelques mois.


• La députée PS, Laurence Dumont, « félicite les ex-Moulinex pour leur persévérance et pour la solidarité sans faille, depuis plus de dix années ».
« Leur lutte, contre la direction du groupe d’électroménager, qui s’apparentait à celle « du pot de terre contre le pot de fer », n’aura donc pas été vaine », souligne-t-elle, dans un communiqué.
« Une aussi longue procédure a pu faire naître parfois le découragement et la lassitude. Mais le doute sur la justesse du combat mené, lui, n’aura jamais eu sa place dans la tête de ces hommes et de ces femmes. Il faut, à ce titre, saluer tout particulièrement le formidable travail de l’Association « Apic Mx », qui les a accompagnés durant toutes ces années », met-elle en avant.
« Son soutien aux plus isolés, son aide à la constitution des dossiers juridiques a beaucoup compté pour maintenir la cohésion entre les ex-Moulinex et porter la procédure jusqu’à son terme.  “Ne rien lâcher”, aurait pu être leur slogan », poursuit Laurence Dumont. 
« Depuis plusieurs années, les licenciements abusifs et les procédures non conformes se multiplient. Afin d’éviter de trop longues batailles juridiques, il incombe donc, à l’avenir,  au législateur de renforcer les droits des salariés.  L’ émotion palpable dans la salle des fêtes de Mondeville, à l’annonce de cette “victoire”, l’impose », conclut-elle.




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