Caen La « Mémoire ouvrière » du Clos Joli, à Caen, vient de sortir

À Caen, la démolition du Clos Joli a été douloureuse. "Mémoire Ouvrière", réalisé par le collectif d'artistes graffeurs, "Aero", en est la preuve.

11/03/2014 à 11:12 par Marjorie Janetaud

Le CLOJOLY peint par Ince/Worse/Venus/Sane2.
Le CLOJOLY peint par Ince/Worse/Venus/Sane2.

2011 dans le quartier du Clos Joli, à Caen. « Au début, nous voulions embellir ce qui avait été souillé par les tags sauvages ». Jérôme Lelièvre, alias Sane2, membre fondateur d’Aero, un collectif d’artistes issus de la culture graffiti et du street art, explique sa démarche à M. Gautier. Venus et Sane2 commencent à peindre le garage du futur ex-habitant du Clos Joli. Les démolitions ont débuté, certaines maisons sont murées. Encouragés par des réactions positives, les artistes d’Aero poursuivent. « Nous voulions donner une fin digne au quartier et honorer les gens qui y vivaient. »

Dessine-moi un métallo…

Lorsque Sane2, l’enfant du quartier, demande à M. Gautier ce qu’il aimerait voir en ouvrant ses volets, le matin, réponse : « fais-moi un métallo ! » Comme beaucoup d’habitants du Clos Joli, il travaillait à la SMN (Société métallurgique de Normandie). Après avoir vécu la fermeture de l’usine, ils vivent la démolition de leur maison. C’est tout un patrimoine qui disparaît. Mémoire ouvrière, contient précieusement les paroles des habitants, des images des extraordinaires peintures artistiques et militantes, mais aussi des affreuses pelleteuses qui ont rasé le quartier.

Quand l’humain revient au cœur du projet

Les coups de bombes du collectif et la sortie de ce livre étaient un pari. Celui de « faire adhérer un maximum de personnes à ce projet humain. » Les artistes-graffeurs ont été rejoints par des photographes, vidéastes, auteurs comme Karine Lampla, « une résidente de l’immeuble de la place du docteur Gidon qui a eu carte blanche pour interpréter nos peintures », et bien d’autres. Comme Arielle Reynaud qui a suivi le travail des graffeurs, collecté le témoignage des habitants et réalisé un film que vous pouvez voir sur le DVD qui conclut ce livre.

Un livre autofinancé

L’association Aero a financé la publication de Mémoire Ouvrière. « Du premier coup de bombe au livre, c’est 20 000 euros », explique Jérôme Lelièvre. Des soutiens financiers avaient été envisagés, ils se sont traduits par l’achat de 50 livres en prévente par la Ville de Caen, selon Jérôme. De nombreux autres ouvrages ont aussi été achetés avant la publication par des gens qui souhaitaient soutenir le projet et acquérir ce qui reste du Clos Joli.
Car les œuvres de nos graffeurs ne se vendent pas à plusieurs centaines de milliers d’euros comme celle de Banksy, elles sont détruites à coups de pelleteuses. Seules les portes du garage de M. Gautier ont pu être conservées. Aucun portrait d’habitant n’a été sauvé. Une année avait été nécessaire pour mettre de la couleur dans ce quartier fantôme.
Vous pouvez néanmoins encore voir des peintures des graffeurs d’Aero dans l’agglo et notamment à Ifs, sur les transformateurs. Une action réalisée en accord avec les habitants et la Ville.

Pratique. Mémoire ouvrière est en vente au Brouillon de Culture, 29 rue Saint-Sauveur, et à Eureka Street, 19 place de la République, à Caen. Vous pouvez également l’acheter sur le site internet www.aero.fr. Livre + DVD : 24 euros.

Pour voir nos images, vidéo et article au moment de la démolition du Clos Joli, cliquez ici.

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Caen, 14

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